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La patience, faculté qu’aucune école n’enseigne

Je réalise que cette histoire n’est plus seulement une question de voiture. Au départ, je voulais simplement faire respecter mes droits. Puis les semaines ont passé. Ensuite sont arrivées les procédures, les vérifications, les formulaires, les délais, les confirmations, les suivis.

À un moment donné, on cesse presque de se battre pour l’objet du litige. On se bat pour ne pas abandonner ses principes.

J’ai souvent constaté que les systèmes publics ne semblent pas conçus pour les gens pressés. Ils semblent plutôt conçus pour ceux qui persistent. Ceux qui continuent malgré les silences. Ceux qui relancent sans se décourager. Ceux qui gardent leurs preuves, classent leurs documents et reviennent à la charge lorsque personne ne répond.

J’en suis maintenant à huit semaines d’attente auprès de l’Office de la protection du consommateur. Je n’ai pas encore reçu de retour et j’imagine que personne n’a véritablement ouvert le dossier. Peut-être que je me trompe, mais l’absence de nouvelles donne souvent cette impression.

Du côté des Petites Créances, j’ai reçu un courriel m’indiquant que les frais d’ouverture n’avaient pas été payés, alors qu’au moment de quitter le Palais de Justice, tout semblait réglé. J’ai dû rappeler que ma carte du programme d’aide sociale figurait déjà au dossier et qu’à ce titre, j’étais admissible à l’exemption des frais.

J’ai aussi dû expliquer au greffier si je poursuivais l’entreprise ou l’individu. Une question qui m’a surprise puisque les documents déposés répondaient déjà à cette distinction.

Heureusement, chaque obstacle apporte parfois une nouvelle solution. Afin d’éviter que mon mécanicien perde une journée complète au tribunal, j’ai réussi à mettre en place la possibilité d’un témoignage écrit. Le document est maintenant entre ses mains depuis quelques semaines. Lorsqu’il aura le temps de le compléter, il viendra renforcer davantage mon dossier.

Tout cela m’apprend une chose : la justice possède son propre rythme. Et même si ce rythme n’est pas le mien, je découvre tranquillement l’art de continuer à avancer pendant que les dossiers suivent leur cours. Parce qu’au fond, la vie ne s’arrête pas lorsqu’une procédure est en attente.

Elle continue. Et moi aussi.

Le troisième front : le Tribunal administratif du Québec

Pendant que je gérais mon histoire de voiture, un autre dossier continuait d’avancer… ou plutôt de ne pas avancer.

Mon troisième litige concerne le Tribunal administratif du Québec (TAQ) et le programme d’aide destiné aux travailleurs autonomes. Ce dossier a débuté au printemps dernier. Depuis, le silence. Pendant des mois, aucune nouvelle. Aucune date. Aucun appel. Aucun courriel. À force d’attendre, on finit par se demander si notre dossier existe encore ailleurs que dans notre propre tête.

Puis, en octobre, quelque chose a finalement bougé. J’ai reçu une convocation à une séance de médiation prévue pour le début novembre. J’étais sincèrement heureuse. Après des mois sans aucun mouvement, je me suis dit : « Enfin, on avance. » J’ai donc transmis immédiatement le document à mon avocate de l’aide juridique. Puis le courriel m’est revenu. Bloqué.

Quand l’information circule moins vite que les procédures

J’ai tenté de joindre son bureau. Aucun retour. J’ai laissé un message. Puis un autre.

Une semaine plus tard, j’étais rendue à un niveau de simplicité assez élevé dans ma communication. J’ai essentiellement laissé entendre : « Préparez mes documents. Laissez-les à la réception. Je vais venir les chercher. Il existe des façons plus directes de dire que vous ne me représentez plus. »

Étrangement, moins de vingt-quatre heures plus tard, j’ai reçu un appel. Non, je n’avais pas été abandonnée. Non, mon dossier n’était pas fermé. En réalité, personne n’avait simplement pris le temps de me tenir informée.

J’ai alors appris quelque chose d’intéressant. Le gouvernement avait communiqué avec l’aide juridique le 11 septembre pour convenir d’une médiation. Une date avait été choisie. Et pendant près d’un mois, personne ne m’en avait parlé.

Le sentiment étrange d’être toujours la dernière informée

On m’a expliqué que je n’aurais même pas besoin d’être présente à cette première étape. Que les avocats allaient discuter entre eux. Qu’ils allaient « s’arranger ».

C’est probablement normal dans le fonctionnement du système. Mais lorsqu’il s’agit de votre vie, de vos revenus, de vos dettes et de votre sécurité financière, entendre que tout le monde discute de votre dossier sans vous donne parfois une étrange impression. Comme si vous étiez la personne la plus concernée… mais la moins impliquée.

J’ai également appris que mon avocate partira bientôt en congé de maternité et qu’une nouvelle personne prendra ses dossiers. Encore un changement. Encore une transition. Encore une période d’attente.

Je comprends que les gens ont une vie. Je comprends les congés, les remplacements, les réalités humaines. Mais je constate aussi que lorsqu’on vit dans un système administratif pendant plusieurs années, le changement d’un intervenant signifie souvent recommencer à raconter son histoire.

Quand la fatigue finit par parler

Ce dossier dure depuis des mois. Le programme a pris près de cinq mois à recalculer certains montants. Et malgré leurs ajustements, ma prestation a encore diminué d’environ 100 dollars au début du dernier mois. Pourtant, mes revenus demeurent très faibles. C’est ma carte de crédit qui compense, et elle est pas mal pleine.

À un moment donné, la fatigue finit par parler. Je vais être honnête avec vous. Je suis tannée des incohérences systémiques. Pas en colère. Pas découragée. Simplement écoeurée de me battre pour ce qui est juste et qui ne l’est pas, qui ne se corrige pas, peu importe la voie.

J’ai hâte de retrouver mon autonomie financière. J’ai hâte de sortir des programmes. J’ai hâte de gagner ma vie de façon suffisamment stable pour ne plus dépendre de systèmes qui passent leur temps à recalculer ce que je n’ai déjà presque pas.

Une lumière au bout de cette histoire

Mais malgré tout, quelque chose a changé en moi. Avant, j’attendais  que les dossiers avancent pour me sentir libre. Maintenant, je continue à construire ma vie pendant qu’ils avancent.

Je développe mes projets. Je cherche du travail. Je crée. Je bâtis. Je continue. Parce que même lorsque les procédures prennent des mois, la vie, elle, ne s’arrête jamais.

Et mon avenir non plus.

2026 devient l’année où Julie apprend à naviguer les systèmes sans leur donner le pouvoir sur sa paix intérieure.

Soyez béni€s.

Namasté

Julie L.

 

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