Et si nous reprenions le pouvoir de notre santé ?
Quand je prends le temps de regarder autour de moi, quand j’accompagne les femmes, quand je vois les données de santé qui empirent, je ne peux que constater que la majorité des humains attendent que le corps crie pour consulter. On attend que la douleur s’installe, qu’un résultat d’analyse soit inquiétant ou qu’un symptôme devienne impossible à ignorer pour demander la solution à notre professionnel de la santé. Mais est-ce que la santé, c’est seulement l’absence de maladie ? Et est-ce que la santé doit être seulement la responsabilité des professionnels de la santé ?
À mon avis, la santé, c’est beaucoup plus que l’absence de maladie. Selon moi, la santé, c’est ce que l’on construit un choix à la fois et qu’on a le pouvoir d’améliorer un peu à tous les jours. Que ce soit notre énergie, notre sommeil, notre alimentation, le mouvement, notre gestion du stress, nos relations ou notre capacité à écouter les signaux que notre corps nous envoie chaque jour, nous devrions être les premiers responsables de notre santé.
Pendant des décennies, nous avons appris à déléguer cette responsabilité. On nous a enseigné quoi manger, quoi prendre, quoi penser, quoi faire lorsque quelque chose n’allait plus puis, peu à peu, plusieurs ont cessé de développer leur propre jugement. Pourtant, personne ne vit dans ton corps à ta place, personne ne ressent ce que tu ressens, personne ne peut connaître ton quotidien mieux que toi.
La place de la santé dans la sphère publique s’est installée tranquillement depuis la révolution industrielle. C’est là qu’est née la santé publique. Avec l’urbanisation rapide, les humains qui s’éloignent de la nature et de leur connexion à la terre pour migrer vers les villes, les populations se retrouvent rapidement envahies par des enjeux d’insalubrités (eau contaminée, proximité, promiscuité, épidémie, etc.). L’État commence à intervenir (construction d’égouts, aqueducs, mesures d’hygiène et de contrôle des épidémies). L’État prend en charge d’abord les conditions de vie qui influencent la santé collective, pas nécessairement la santé individuelle.
Puis, vers la fin des années 1800, des travaux scientifiques commencent à démontrer que les microbes causent des maladies. C’est à ce moment que l’on met en place les campagnes de vaccination, les normes sanitaires, les inspections alimentaires et les quarantaines. Le changement se perçoit dans le fait que l’État devient progressivement le gardien de la prévention des maladies infectieuses. Même si nous avons fait de grands progrès contre les maladies infectieuses, les maladies chroniques sont de plus en plus répandues. Les médicaments sont de plus en plus utilisés et le pouvoir de la santé est de moins en moins redonné aux citoyens.
Ça m’amène à me demander : avons-nous consacré toute notre énergie à combattre la maladie, sans accorder autant d’importance à cultiver la santé ?
Pendant très longtemps, nous avons appris à nous protéger des microbes, mais aujourd’hui on tend à comprendre que certains sont essentiels et peuvent réellement changer la donne positivement dans notre état de santé. Notre plus grand défi actuel, ce sont les maladies chroniques grandement influencées par nos habitudes de vie, notre alimentation, notre sommeil, notre niveau de stress et notre activité physique. Alors, avons-nous oublié que la santé ne consiste pas seulement à éliminer ce qui nous rend malades, mais aussi à nourrir ce qui nous garde en santé ?
C’est comme si, à force de vouloir vivre dans un environnement parfaitement stérile, nous avons oublié que nous vivons en symbiose avec des milliards de micro-organismes. Notre peau, notre bouche et notre intestin abritent un microbiote essentiel à notre santé. Tous les microbes ne sont pas des ennemis, beaucoup sont des alliés indispensables. Les recherches actuelles sur le microbiote démontrent effectivement que les bactéries qui vivent en nous jouent un rôle important dans la digestion, le système immunitaire et d’autres aspects de la santé. Pourtant, notre système de santé et l’État semblent être devenus des experts pour traiter la maladie, mais sont moins habiles à créer des conditions dans lesquelles la santé peut s’épanouir.
Parce que reprendre le pouvoir sur sa santé ne signifie pas rejeter la médecine ni cesser de consulter lorsqu’on en a besoin. Bien au contraire. Les professionnels de la santé jouent un rôle essentiel lorsqu’il est question de diagnostiquer, de traiter ou d’accompagner la maladie.
Mais entre deux rendez-vous, qui prend soin de toi ?
Qui choisit ce qui se retrouve dans ton assiette ? Qui décide d’aller marcher en forêt, de dormir une heure de plus, de prendre le temps de respirer, de bouger, de nourrir son microbiote, de ralentir lorsque le corps envoie ses premiers signaux ?
C’EST TOI !
La prévention ne commence pas dans une clinique. Elle commence dans les centaines de décisions que nous prenons chaque jour. Celles qui ne font pas les manchettes. Celles qui ne procurent pas de résultats instantanés, mais qui, mises bout à bout, bâtissent un terrain fertile pour la santé.
Et si nous arrêtions de voir notre corps comme une machine à réparer lorsqu’elle brise ? Et si nous recommencions à le voir comme un écosystème vivant qu’il faut nourrir, respecter et accompagner ? La santé ne se construit pas dans l’urgence, elle se cultive chaque jour, à chaque petit pas.
Peut-être que la plus grande révolution en santé ne sera pas un nouveau médicament ou une technologie encore plus performante. Peut-être qu’elle commencera le jour où chacun de nous reprendra sa place comme premier gardien de sa propre santé. Parce que le plus beau pouvoir que nous possédons n’est pas celui de guérir une maladie lorsqu’elle apparaît. C’est celui de créer, un choix à la fois, les conditions dans lesquelles la santé a envie de s’épanouir.
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Et si nous reprenions le pouvoir de notre santé ? Et si nous reprenions le pouvoir de notre santé ? Et si nous reprenions le pouvoir de notre santé ?
