Mon voyage intérieur
Après un échange sur mes besoins avec mon thérapeute, je m’installe sur la table de massage, sur le dos. Elle est confortable. La pièce respire la détente. Un sourire s’inscrit sur mes lèvres en pensant à sa phrase : « Installez-vous sur la table sur le dos, elle a tellement d’expérience qu’elle va commencer la séance pendant que je me lave les mains. »
Louis-Michel cogne doucement, attend ma réponse avant d’entrer. Belle marque de respect.
Quelques questions : « Avez-vous assez chaud ? Désirez-vous des traversins sous les genoux ? Votre confort est important, ça va vous aider à relâcher. »
Il commence par le cou. Pas de manœuvre ciblée, mais une prise de contact. J’ai l’impression qu’il écoute, observe, ressent.
Et le voyage commence. Tantôt une douce pression pour descendre mes épaules. Hi hi! Je ne m’étais même pas rendu compte que je les retenais. Ça m’amène à observer ce qui se passe dans son toucher. Ensuite, des pressions toutes en douceur ferme sur mes épaules vers la table. On dirait un chat.
C’est alors qu’il me dit : « Saviez-vous que nos manoeuvres ont toutes un nom ? » « Non. » « Eh bien, devinez ce que c’était… » « On aurait dit de grosses pattes de chat moelleuses! » Rires.
La valse commence dans le silence. Je sens les mouvements un peu comme avec de l’élastique dans les pressions. Maintenant, il invite ma tête à rouler sur le côté. Sa main glisse sur le cou comme une caresse attentive qui donne de la longueur, alors que son autre main continue sur l’épaule. C’est coordonné, rassurant. Une sensation d’ouverture s’installe. Ma tête se fait bercer avec toute l’attention qu’on pourrait donner à un nouveau-né.
Petite pause. Ça me permet de ressentir ce qui s’est passé. C’est la première fois qu’on me laisse le temps de goûter. Un peu comme dans un repas nourrissant où on fait une petite pause, une gorgée, qui permet d’apprécier.
…
Les jambes. Les jambes ? Ah oui ? Je m’attendais à ce qu’on s’attarde aux épaules, mais enfin. Les jambes, une à la fois. Une traction. Comme on m’a dit après : « On enlève le lousse », pas plus. C’est comme si on tirait sur mon élastique et que ça montait jusqu’à la tête. Je suis surpris.
Bien que la détente s’installe – maintenant je sais que je ne me ferai pas « rentrer dedans » – je suis tellement curieux des sensations insoupçonnées que je reste, non pas vigilant, mais simplement à l’écoute.
Ma jambe se fait bercer. Je sens le rebond de mon pied. On dirait une vague, une ondulation qui monte jusqu’à ma tête qui ondule légèrement.
On lève ma jambe et puis… ben oui, j’aide.
Louis-Michel me dit : « Vous êtes une personne serviable, vous ? » « Comment ça ? » « Vous m’aidez ! » Rires. Sa phrase était bien ciblée, car je prends conscience d’un certain contrôle. Et là s’installe ce relâchement qui fait que j’ai senti la table me recevoir dans tout mon corps.
Autre pause. Je goûte, comme entre deux bouchées, la pause qui permet de mieux savourer la suivante.
…
Et là, c’est un peu plus « vigoureux ». Le poids de ma jambe… Juste à soulever ma jambe par le pied, je l’ai sentie devenir lourde. Ensuite, tout en la soulevant, j’ai senti qu’on lançait mon talon. Quelle sensation de légèreté !
Petite pause. Une seconde pour reposer ma jambe et c’est reparti : soulever, légèreté, et ce mouvement ondulatoire qui monte jusqu’à la tête. Pas de mots. Juste cette sensation. Je découvre que je ne suis peut-être pas aussi tendu que je le pensais.
…
Ma jambe est redéposée avec respect. Toujours la petite pause, à peine quelques secondes, mais c’est suffisant. J’ai l’impression qu’on fait ces pauses pour que mon corps ne soit pas « saoulé » de mouvements. Ou encore pour laisser baisser les bulles du verre de liqueur, tsé, si on veut le boire ! Rire intérieur.
Là, on sculpte mon bras avec une telle présence qu’il ne peut faire autrement que devenir une guenille. Le bercement du bras – il est tout mou, un peu comme une aile, une plume au vent. Paradoxe : il est léger dans le mouvement et tellement lourd qu’il entre dans la table une fois déposé.
…
Mes mains. Faire bouger tous ces petits os un à un. Ressentir chacun d’eux. Enlever le « lousse». Ressentir ce petit élastique dans chaque articulation, c’est délicieux.
…
Le poignet devient tout libre. C’est comme si je faisais des bye-bye. Rire intérieur.
Toujours la petite pause.
…
Ah yé ! LES ÉPAULES !
Un peu comme au début : douce pression, une patte de chat sur l’épaule, l’autre sur les côtes, les deux pattes à la fois. Hi hi hi !
Je sens ma cage thoracique s’ouvrir et se détendre. Ma respiration, je la découvre. Un ami amérindien m’avait dit : « Vous les Blancs, vous respirez juste assez pour survivre. »
Je sens un bras passer sous mon cou, une main sur mon épaule de l’autre côté. Mon thorax s’ouvre. Ma respiration s’apaise comme si mon corps s’ouvrait.
Il étire doucement mon bras latéralement, le balance, mon coude devient un pendule ; pour peu, je sentirais ça comme une aile qui bat au vent.
Je me retourne sur le ventre et ça continue … à la prochaine chronique.
Louis-Michel Martel
Visitez-nous sur notre page Facebook
Mon Voyage intérieur Mon Voyage intérieur Mon Voyage intérieur
