La rencontre de deux Inconscients :
quand l’Inconscient touche l’Inconscient

« Tu ne peux rejoindre l’inconscient de l’autre que si tu es toi-même dans ton inconscient. »
Denis Lafontaine

Cette affirmation révèle une vérité essentielle des approches corporelles. Elle nous dit que la technique, aussi raffinée soit-elle, ne suffit jamais. Ce qui transforme véritablement, c’est la qualité de présence du praticien, sa capacité à suspendre son aspect contrôlant pour accueillir ce qui émerge dans la rencontre. C’est sa capacité à faire fi de soi pour laisser la place entière à la personne qui reçoit.

Les mouvements fluides et ondulants, c’est bien plus qu’un relâchement musculaire. Ils tissent une continuité, une trame qui invite le receveur à se déposer dans une autre couche de conscience. Mais cette invitation ne porte fruit que si le praticien lui-même habite cette couche.

Imaginez un instant : vous recevez un massage. Les mains qui vous touchent sont techniquement impeccables. Les pressions sont justes, les transitions sont douces, le rythme est régulier, tout est parfait. Pourtant, quelque chose manque. Vous sentez que le praticien est ailleurs, qu’il suit un protocole, qu’il pense peut-être à sa prochaine séance ou à sa liste d’épicerie. Ses mains font leur travail, mais elles ne vous rencontrent pas vraiment. Son esprit est ailleurs.

Maintenant, imaginez d’autres mains. Elles ne sont peut-être pas plus habiles techniquement, mais quelque chose d’autre se passe. Ces mains écoutent. Elles semblent capter votre rythme intérieur, épouser vos besoins avant même que vous les formuliez. Elles entendent ce que vous n’avez pas dit (1). Vous sentez que la personne qui vous touche est vraiment là, présente, habitée. Vous vous sentez écouté/e. Et c’est cette présence qui vous permet de lâcher prise, de descendre dans vos propres profondeurs.

La différence entre ces deux expériences ? Dans la première, rien à reprocher techniquement. Dans la seconde, le praticien est lui-même en contact avec son inconscient ; il a syntonisé une fréquence. Non seulement il est en contact avec lui-même, mais il vous laisse toute la place.

J’ai lu quelque part qu’un maître ne t’impose pas son point de vue, il t’amène à l’endroit où il est et te laisse voir à partir de ce point de vue. Il t’amène en haut de la montagne pour que tu voies par toi-même.

Que signifie être dans son inconscient ?
L’envers du décor : ce qui se passe chez le/la massothérapeute

Cette expression peut sembler paradoxale. Comment peut-on consciemment être dans son inconscient ? Pourtant, c’est exactement de cela qu’il s’agit : cultiver une attention particulière qui permet d’accueillir ce qui émerge des couches profondes de notre être sans le filtrer immédiatement par le mental.

Quand vous donnez une séance de travail corporel depuis cet état, vous sentez ce qui se passe chez lui/elle. Vos mains sont des antennes. C’est une information, une résonance. Votre inconscient corporel dialogue avec le sien. C’est comme syntoniser une émission avec votre poste de radio, vous devenez à l’écoute d’une émission passionnante : celle des réponses des tissus. Le docteur Trager disait justement : « Ce qui m’intéresse, c’est la réponse des tissus ».

Vous accueillez les sensations inattendues, les impulsions de modifier votre toucher sans savoir pourquoi. Au lieu de les rejeter comme des distractions, vous les reconnaissez comme des messages de cet espace partagé qui se crée dans la rencontre.

Cette posture demande un courage particulier : celui de l’abandon, du lâcher prise, de la vulnérabilité, de la confiance dans les processus inconscients. Il faut accepter de ne pas tout contrôler, de ne pas savoir à l’avance où la séance va mener. Comme on l’entend dans une vidéo de l’institut Esalen, « We must trust that our hands are more intelligent», avoir confiance que nos mains sont intelligentes.  Certes, nous devons répondre à une attente de notre client, mais qui sait, ce sera plutôt une autre chose qui deviendra une priorité.

C’est un paradoxe : pour offrir un cadre vraiment sécurisant au client, le praticien doit lui-même se retirer, faire abstraction de lui-même pour lui laisser toute la place. Il doit lâcher l’armure du technicien qui sait et qui contrôle pour devenir un compagnon de voyage intérieur. (2)

Cela ne signifie pas perdre ses repères ou dissoudre les limites professionnelles. Au contraire, cette ouverture exige une discipline rigoureuse de connaissance de soi et le maintien d’un cadre éthique solide. C’est précisément parce que vous avez exploré vos propres limites que vous pouvez garder votre distance professionnelle, celle qui fait abstraction de votre état, celle qui nous éloigne des transferts et projections sur autrui. Accompagner l’autre sans vous y perdre.

Un état qui se cultive

Loin d’être un état mystérieux ou inaccessible, être dans son inconscient est une pratique qui se cultive et s’affine au fil des années. C’est un état très facile à accéder, encore faut-il lui laisser de la place. Ça commence par de petits gestes quotidiens.

Avant d’entrer dans votre salle de massage, prenez quelques instants pour vous centrer. Sentez vos pieds au sol, votre respiration, le mouvement de votre colonne vertébrale. Laissez tomber les préoccupations de la journée. Arrivez dans votre propre corps avant de toucher celui de l’autre.

Au début de chaque séance, posez vos mains, sans intention de corriger quoi que ce soit, pour prendre contact, observer le schéma corporel, écouter. Qu’est-ce qui se présente ? Quelle est la qualité de ce corps sous vos mains ? Laissez-le vous informer avant de décider de votre approche.

Pendant la séance, maintenez une attention double : à la personne que vous touchez, bien sûr, mais aussi à votre propre état, car si vous développez des tensions, elles vont interférer dans votre travail. Comment votre propre corps répond-il ? Quelles sensations émergent en vous ? Cette auto-observation n’est pas une distraction, elle est au contraire votre principal instrument de perception.

On parle souvent de fluidité, de continuité, d’enveloppement. Mais ces qualités techniques ne prennent leur pleine dimension que lorsqu’elles portent cette présence incarnée. Vos mouvements deviennent alors une conversation silencieuse où deux inconscients se rencontrent, se reconnaissent, et collaborent au processus de transformation.

Le corps de votre client n’est pas un objet à manipuler, c’est un sujet avec lequel dialoguer. Et ce dialogue ne se fait pas par les mots, mais par une présence à présence, corps à corps, profondeur à profondeur.

C’est dans cet espace de co-création inconsciente que réside la puissance particulière d’une approche psychocorporelle. Quand vous touchez depuis votre propre profondeur, vous offrez à l’autre la permission tacite d’accéder à la sienne. Votre état intérieur devient une invitation. Vous parlez le même langage.

L’art de la rencontre

On ne peut rejoindre l’inconscient de l’autre qu’en étant soi-même dans son inconscient. Cette phrase est devenue pour moi un rappel constant, presque un mantra. Avant chaque séance, elle me ramène à l’essentiel : non pas ce que je vais faire, mais comment je vais être. Ida Rolf a dit (traduction libre) : « Ce n’est pas comment profond vous allez, mais comment vous allez en profondeur. » (3)  La profondeur étant ici, vous vous en doutez maintenant, la profondeur de l’être entier.

Car au final, ce n’est pas une série de techniques à appliquer, mais une qualité de présence à cultiver (4).

Un art de la rencontre où vos mains deviennent le pont entre deux mondes intérieurs, permettant à quelque chose de profond et d’essentiel de circuler.

  1. Journal d’un masso : Une conversation sans mots – Revuemajulie, juillet 2025.
  2. Mon Voyage intérieur – Revuemajulie , février 2026.
  3. Massage profond – Revuemajulie
  4. L’art de la présence – Revuemajulie , mai 2025.

 

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