Le courage de tenir debout dans un système qui ne suit plus

Il y a des chroniques qui s’écrivent toutes seules, et d’autres qui sortent du fond du ventre. Celle-ci fait partie de la deuxième catégorie.

Depuis des années, je vous raconte mes dédales administratifs avec le gouvernement du Québec, plus précisément avec le programme d’aide de dernier recours pour travailleurs autonomes. Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que ce n’est pas nouveau. Mais depuis que le gouvernement Legault est entré en poste, ils ont changé un système qui fonctionnait très bien, sans nous aviser évidemment, et ç’a créé un règne de déboires administratifs tellement punitifs depuis qu’ils s’en sont mêlés en changeant la loi (je ne sais pas de qui c’est la vision, mais il m’a fait mal avec sa non-connaissance du terrain, de la réalité et du coût de la vie), et ce programme est sous le ministère de la Solidarité sociale ; c’est devenu… disons-le franchement : un labyrinthe sans sortie.

Une poignée de fonctionnaires ont décidé que si tu travailles de chez toi, il faut absolument une pièce dédiée, séparée, isolée, estampillée « bureau » pour reconnaître tes dépenses. Sauf que ma réalité — comme celle de milliers de travailleurs autonomes — ne rentre pas dans leur petite case. Mon salon est mon bureau, le jour. Le soir, c’est le salon des enfants. Ma chambre devient mon espace de travail quand ils sont là la fin de semaine. Ma cuisine sert aux réunions, aux conférences, à recevoir les gens. Ma salle de bain sert aux clients. J’habite un 5 ½, et la vérité, c’est que toutes les pièces servent ma mission, sauf les deux chambres des enfants.

Mais pour eux, ça ne compte pas. Ils ne reconnaissent pas mes dépenses réelles. Ils ne reconnaissent pas mes assurances, mes fournitures, mes deux cellulaires nécessaires à mon entreprise, ni même ma télévision que j’utilise pour mon travail. Résultat : leurs calculs sont faux, mon revenu net est gonflé artificiellement, et ils concluent que je « gagne trop ». Alors, ils coupent. Ils créent des dettes. Et ça recommence chaque année et je n’ai jamais de solutions.

J’ai tout essayé. Écrire à ma députée. Au ministre des Laurentides. À la ministre du ministère. Au premier ministre. Au département des plaintes. Au directeur général. Aux chefs d’équipe. Aux révisions. Aux contestations. Au Tribunal administratif. Puis, au niveau supérieur du Tribunal administratif. Passer par la hiérarchie du Centre de travailleurs autonomes, allant même jusqu’au directeur régional. Ça inclut des plaintes auprès du Protecteur du Citoyen. Je me demande s’il faut que je recommence encore, pour arriver dans le même cul de sac discriminatoire ? Pire encore, recommencer l’an prochain!

Personne ne répond. Personne n’a de solution. Personne ne corrige la loi. Tout le monde reconnaît que j’ai raison, mais personne ne peut rien faire. Parce que « la loi dit ». Parce que « le système ne suit pas ». Parce que « ce n’est pas prévu et que ça ne communique pas ensemble ».

Et pendant ce temps, la vie continue. Mon ex-mari a perdu son emploi. Les jumeaux deviennent majeurs dans deux semaines. Les aides fondent. Je me retrouve dans une transition financière et familiale qui demande une force intérieure que je ne souhaite à personne.

J’ai demandé à mon avocate si j’avais droit à l’aide juridique. Je suis déjà en recours contre mon propriétaire — ce dossier avance, au moins. J’ai une audience à la fin du mois. J’ai réussi à faire baisser l’augmentation abusive de loyer. Une petite victoire dans un océan d’absurdité.

Et puis, il y a le reste. Trois ans sans site web. Trois ans à attendre un travail qui n’arrive pas. J’ai donné un ultimatum. Parce que je suis rendue là : à deux doigts de mettre les clés dans la porte, de fermer l’entreprise, de mettre ma mission sur pause, et d’aller me « gazer » dans un 9 à 5 quelque part. Je suis à 20 % de revenus. C’est un temps mort côté clients. Et même si astrologiquement, je savais que ce passage allait arriver… il y a une limite à se faire profiter.

Mais malgré tout ça, je reste confiante. Pas naïve. Pas aveugle. Confiante.

Parce que je sais que mon âme a prévu le plan. Je sais que je suis guidée. Je sais que je suis protégée. Je sais que je suis exactement là où je dois être, même si c’est serré, même si c’est injuste, même si c’est épuisant.

Je continue d’avancer. Je continue de créer. Je continue de tenir la lumière. Parce que c’est ce que je suis venue faire ici.

Et un jour — bientôt — ce passage fera sens. Je le sais. Je le sens. Je le porte.

Julie L.

 

Visitez notre page Gratitude

Visitez-nous sur notre page Facebook

 

 

Le courage de tenir debout dans un système qui ne suit plus Le courage de tenir debout dans un système qui ne suit plus Le courage de tenir debout dans un système qui ne suit plus