Nous ne sommes pas seuls dans l’univers, évidemment, mais on se sent très seuls quand même. Nous sommes là à tourner sur notre petit 24 heures, à changer de saisons, d’années, de siècles et de millénaires depuis Mathusalem et personne ne vient nous voir.  Les OVNIS?  Ben ou,i les ovnis, mais ils ne comptent pas, eux. Il y a des millions de gens qui ont vu des ovnis. Des vrais, on s’entend, mais un à la fois, en catimini, par surprise et personne ne croit en ce qu’ils racontent. Pour les fameux enlèvements, c’est la même chose; personne n’y croit ou presque, mais ce n’est pas avoir de la visite, ça, ça ne compte pas. Nous ne sommes peut-être pas seuls. Il y a possiblement même des milliards de mondes habités par des êtres humains et non-humains, mais on n’est pas dans Star Trek, ici, avec un siège de la Fédération des Planètes ou dans Star Wars avec un bar où boivent des créatures aussi laides et belles que variées.

On n’a rien de tout cela. Alors oui, franchement, on se sent seuls et avec raison.

Et s’il y avait une raison à ça? Que si nous nous sentons seuls, ce serait parce que c’est un peu notre sort de l’être? Et si notre planète n’était pas qu’une « simple planète » où des gens vivent et meurent dans la simplicité? Si notre planète était différente, voire un peu spéciale?

Et si cette planète était une sorte d’école d’apprentissage? Un endroit pour apprendre, à la dure. Un peu comme pour former un être humain de sorte qu’il soit capable d’agir et d’interagir avec des situations extrêmement complexes et que pour y arriver il faut travailler très dur et très fort?

Vous savez que nous nous disons des êtres humains, mais, fondamentalement, nous sommes, entre nous, très différents. Les asiatiques, les africains, les américano-européens; c’est nous, ça. Les peuplades tribales toujours très nombreuses partout dans le monde, est-ce que vous n’avez pas le sentiment étrange, parfois, qu’il n’y a pas véritablement un peuple terrien, mais plusieurs?

C’est comme s’il y avait des classes différentes pour des groupes différents dans cette école qu’est la Terre. Un peu comme dans nos propres écoles, collèges ou universités, les niveaux ne sont pas les mêmes, les paramètres non plus. Tout le monde est là pour apprendre, mais, pas la même chose et pas au même niveau.

Cela voudrait dire alors que, si une civilisation extraterrestre très en avance sur nous, très au fait de notre présence, de qui nous sommes, pourrait se faire par « les autorités de l’École » que nous ne sommes pas des Terriens, nous sommes des étudiants très variés, de cultures, de langues, de religions très différentes et que personne ne peut avoir qu’une seule approche pour les Terriens. C’est impossible!

Cela voudrait dire que le scénario : « Peuple de la Terre ici le Commandant Ygrec qui vous parle » et ben, on peut oublier ça! Comment parler à tous les terriens en même temps quand on sait qu’ils vont réagir très différemment, les uns voulant hurler de terreur pour se réfugier, les autres ouvrant les bras, les autres sans connaissance, les autres nettoyant leurs armes de guerre. Bref, ce serait un pandémonium fou.

Mais il n’y a pas que cela. Cette planète est hétérogène à tous les niveaux. Il y a des gens par millions qui crèvent de faim et de soif, alors que par milliers d’autres qui sont si riches qu’ils ne parviendront jamais dans une vie à dépenser les intérêts de leur capital. Il y a des gens par millions et plus encore qui ne savent ni lire, ni écrire, qui n’ont jamais été plus loin que les limites de leur village, qui ignorent que nous sommes allés sur la Lune et que des gens très sérieux songent à faire du tourisme spatial. Allez dire ça à un Bantou kenyan dans la savane africaine qu’Elon Musk veut faire du tourisme spatial et bâtir un hôtel dans l’Espace!

Écoutez, il y a des êtres extraterrestres autour, tout près, parfois même très près, mais ils ne sont pas là pour jouer à Star Trek. Et ce n’est pas demain la veille non plus, qu’on verra une armada de vaisseaux se poser sur le toit de notre École.

On est ici, seuls, pour le rester, à apprendre et à changer ce monde désunifié, instable, voire dangereux. Après quoi, qui sait, si on est sortables, on aura peut-être des rencontres, mais là? Maintenant? Jamais de la vie! Nous sommes contaminés et contagieux. Personne ne peut nous approcher sans prendre de sérieuses précautions.