Réparer nos enfants ou les garder en santé ?
Sommes-nous devenus meilleurs à réparer nos enfants qu’à les garder en santé ?
Dernièrement, je suis tombée sur un article du Journal de Montréal qui parlait de chirurgie bariatrique chez les adolescents. Ma première réaction a été : « Hein ? »
Pas parce que je veux débattre du pour ou du contre de cette chirurgie. Je ne veux pas non plus remettre en question les décisions prises par des équipes médicales qui accompagnent des jeunes vivant des réalités complexes. Mais ça m’a intriguée.
J’ai voulu comprendre. Je suis remontée à la source et j’ai découvert qu’il existe maintenant un centre d’excellence sur l’obésité sévère chez les adolescents à l’Hôpital de Montréal pour enfants et que certaines chirurgies sont offertes dans des contextes bien précis, avec une évaluation et un suivi spécialisé. Finalement, ce n’est pas la chirurgie qui m’a le plus préoccupée. C’est la question qui m’est restée en tête : Sommes-nous devenus meilleurs à réparer nos enfants qu’à les garder en santé ?
Je suis une enfant des années 80-90 et quand je regarde l’évolution de l’environnement dans lequel j’ai grandi versus celui dans lequel mes enfants évoluent, je réalise à quel point le monde a changé, mais est-ce pour le mieux ? Attention, je ne tomberai pas dans « mon temps était mieux », mais j’ai envie de générer une réflexion collective pour qu’on choisisse de prendre de petites actions qui peuvent faire une différence.
Dans mon enfance, on jouait dehors, on pédalait, on s’amusait, on s’ennuyait. La technologie existait, mais elle n’était pas accessible 24 heures sur 24 dans notre poche. Elle n’occupait pas chaque espace de notre vie. Aujourd’hui, nos enfants peuvent être divertis en moins de quelques secondes au bout de leur doigt, ils sont transportés presque partout, ils peuvent être nourris sans qu’on ait besoin de cuisiner et ils sont connectés en permanence. Je ne suis pas en train de dire que c’est tout mal. J’utilise moi-même cette technologie dans le cadre de mon travail. On utilise très souvent la voiture et ça nous arrive de manger au restaurant. Ce que j’ai envie de soulever, c’est ce qui arrive lorsque ce qui devrait être des situations d’exception devient la norme.
Par exemple, lorsque bouger devient une activité qu’on doit inscrire à l’horaire. Les données en matière d’activités physiques sont inquiétantes. On sait qu’aujourd’hui, un peu moins de 20% des adolescents atteignent les recommandations en matière d’activités physiques par jour et que près de 60% des jeunes dépassent la recommandation de deux heures d’écran par jour. Pourtant, il est bien démontré que les comportements sédentaires et l’activité physique ont des impacts majeurs sur la santé.
Dans le développement des enfants, on s’entend pour dire que c’est lorsque l’ennui s’installe que la créativité, la débrouillardise, la résolution de problèmes et l’action se développent. L’enfant apprend à devenir acteur de sa vie, il initie, devient autonome et crée un environnement qui répond à ses besoins. Lorsqu’on lui offre du divertissement au bout des doigts, est-ce que nous ne sommes pas en train de lui enlever des occasions où il peut grandir, devenir autonome et capable de vivre sans stimulation ?
Lorsque cuisiner devient une tâche qu’on n’a plus le temps de faire et qu’on perd de vue, pourquoi on s’alimente ? Nos enfants n’apprennent plus à reconnaître la vraie nourriture, les fonctions des aliments et les signaux réels de la faim. Lorsqu’on donne constamment la responsabilité de notre alimentation à d’autres, on perd le pouvoir de choisir ce que l’on met dans notre assiette au profit d’une industrie qui gagne à nous remplir plutôt qu’à nous nourrir.
Et surtout, lorsque nous acceptons de trouver normal que des enfants développent de plus en plus tôt des problèmes de santé qu’on retrouvait principalement à l’âge adulte. Et si ce n’était pas l’enfant qui avait changé, mais le monde dans lequel il vit ?
On sait bien que nos enfants ne font pas ce qu’on leur dit, mais bien ce que l’on fait. C’est par l’exemple dans notre quotidien que les enfants intègrent des valeurs et des comportements. Ils apprennent ce qu’on normalise. Ils observent tout ce que l’on fait. Je ne suis pas en train de dire que l’on doit retourner en arrière, mais je crois sincèrement que l’on devrait faire preuve d’un peu plus de courage et regarder notre quotidien parmi tout ce qui nous est proposé et se demander : est-ce que l’environnement que je crée facilite sincèrement la santé de nos enfants ?
Parce qu’on continue de chercher le prochain traitement, la prochaine technologie, la prochaine chirurgie, le prochain médicament capables de répondre à des problèmes de santé de plus en plus complexes. Notre capacité à traiter, à intervenir et à sauver des vies est extraordinaire. Mais je me demande parfois si notre regard n’est pas devenu beaucoup plus tourné vers « comment réparer » que vers « comment en arriver là ? »
On investit énormément dans ce qui vient après, beaucoup moins dans ce qui vient avant. Quand on sait que les habitudes de vie sont des clés essentielles pour vivre en vitalité longtemps, il serait peut-être temps de reconnaître les différents piliers qui favorisent la vitalité : le sommeil, le mouvement, l’alimentation, le jeu libre, jouer dehors librement, etc. Et si la vraie question n’était pas seulement :
Comment allons-nous les réparer lorsqu’ils seront malades ? Mais plutôt : Comment pouvons-nous construire un monde dans lequel ils auront davantage de chances de rester en bonne santé ? Comment pouvons-nous, au quotidien, créer des conditions qui rendent la santé plus facile ?
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