Nous avons l’habitude de remercier les gens qui nous rendent service. C’est la moindre des choses. Mais il serait peut-être plus important de dire merci à ceux que nous aidons. Paradoxal, n’est-ce pas? Laissez-moi vous expliquer…

Au cours d’une récente tournée de conférences en France, j’ai rencontré un ami que je n’avais pas vu depuis des années. J’avais appris par une tierce personne qu’il venait de sortir d’une grave maladie. Aussi lui ai-je offert, sans trop savoir pourquoi, de lui faire un traitement énergétique.

Aussitôt que j’ai posé mes mains sur son dos, mon ami sentit une forte énergie sortir de mes pouces et investir chaque cellule de son corps. Comme il était déjà très réceptif à cette énergie que je laissais couler librement en lui, il en retira tous les bienfaits en quelques minutes. Lorsque j’eus terminé, je m’attendais à recevoir un gros merci de sa part, mais ce ne fut pas le cas. Il me regarda avec ses yeux d’ange et me dit avec son chaud accent marseillais :

  • Ce fut merveilleux, André, et je me demande qui doit dire merci à l’autre.

Je suis resté bouche bée devant sa réaction quelque peu surprenante, me demandant quelle mouche l’avait piqué. Mais, pour ne pas perdre la face, je me contentai d’en rire. Puis le temps a passé, et j’ai oublié l’incident.

À mon retour au Québec, alors que pour une énième fois je remettais en question ma participation à ces tournées éreintantes de conférences et de récitals européennes, je reçus de mon ami français un courriel qui allait m’aider à y voir plus clair. Comme par hasard, j’avais passé une partie de la nuit à m’interroger : Est-ce que je devrais arrêter tout ça? Pourquoi m’entêter à vouloir expliquer des vérités toutes simples à des gens qui, bien souvent, ne semblent pas les recevoir qu’avec leur mental et qui ne semblent pas comprendre mon langage? Pourquoi ne pas me contenter de ne rien faire, d’être tout simplement, au lieu de parcourir le monde en parlant de sagesse? N’est-ce pas dans l’inaction que je pourrais évoluer le mieux? Et pourquoi ai-je tendance à m’enliser dans cette inaction aussitôt que je m’arrête pour souffler un peu? C’était le genre d’interrogations qui me hantaient à ce moment-là…

Voici un résumé du message que je reçus de cet ami ce matin-là de remise en question.

Tu te souviens de la légende du Saint-Graal, de l’époque des Chevaliers du Moyen Âge? Ce calice aurait contenu le sang du Christ lors de la Dernière Cène. Les Frères de la Lumière auraient conservé ce réceptacle afin d’abreuver les hommes qui recherchaient justement cette lumière (la fameuse quête du Graal). Le Saint-Graal n’a de raison d’exister que s’il remplit sa fonction : se remplir de nouveau et se vider de nouveau, et cela, ad vitam aeternam. Il en est de même pour l’homme : ce vase doit se remplir d’énergie pour qu’il puisse vivre, s’en abreuver à satiété et donner aux autres ce qu’il a reçu. Après avoir fait le vide en lui, son intérieur a besoin de se remplir de nouveau et de redonner cette énergie. Tout ce qui existe dans l’univers est sans cesse dans l’action, comme le ressac des vagues sur la grève. C’est un processus qui se renouvelle à chaque instant.

Dès que l’homme a pris la décision de donner, il ne cesse de se renouveler.

La maladie ou tout autre aspect négatif n’existe plus en lui, car il renaît à chaque seconde de sa vie. Le mouvement ainsi créé chez l’humain élimine les impuretés et régénère automatiquement son corps. Ceux qui demeurent statiques, les indolents, ne se fragilisent que dans l’inaction : ils meurent à petit feu.

Ce message arrivait à temps et me fit comprendre, entre autres choses, que le fait de cesser mes activités me mènerait à l’inaction, donc à ma perte. Mon rôle était d’abreuver ceux qui avaient soif et me laisser ensuite remplir à nouveau. Mais la leçon n’était pas terminée et je reçus le lendemain un second message qui venait compléter le premier :

Cher André, je n’ai été que l’étincelle qui a permis que te soit révélé ce qui était déjà en toi, mais dont tu n’avais pas conscience. Même pour le mot merci, il y a une prise de conscience à faire, car on y retrouve la notion de vide et de plein. Celui qui a reçu de l’énergie – j’utilise ce terme de façon générale, mais ce peut être un cadeau, un mot tendre, un sourire, un regard compatissant – dit merci parce qu’il avait un vide. Son manque a fait qu’il a pu recevoir. Il s’est rempli et, à cause de ce surplus d’énergie, il a eu envie de donner à son tour. Il a donné, puis s’est de nouveau vidé, créant un manque de ce qui allait de nouveau le remplir, comme la sève de l’arbre à la fin de l’automne et au début du printemps. Dès qu’il y a un peu de lumière et de chaleur, la sève monte dans les veines de l’arbre et prépare la venue des fleurs et des fruits, qui donneront à leur tour des graines. C’est ainsi que la vie s’exprime et que l’univers nous parle : de l’inspir à l’expir, du flux au reflux. Tous des opposés qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, comme le bien et le mal d’ailleurs.

Il n’y a aucune vanité dans la question : qui doit dire merci ? Car nous devrions tous nous remercier mutuellement. Il y a tant de choses à donner, tant de choses à recevoir. Selon moi, il faut dire merci à celui qui nous a permis de donner, car c’est grâce à lui qu’on existe en cet instant même, qu’on sert à quelque chose, qu’on accueille son acceptation et sa confiance. On s’est peut-être vidé de notre énergie pendant une fraction de seconde, mais c’est grâce à cela qu’on va se remplir à nouveau. Cette nouvelle énergie est comme l’eau fraîche que l’on va chercher au petit ruisseau qui descend de la montagne, et que l’on boit au petit matin.

Après avoir lu ce message, croyez-vous encore que j’ai eu le goût de m’arrêter? Je me remis aussitôt à l’action et commençai à monter ma prochaine tournée…

André Harvey