J’aime bien comparer l’être humain à un ange possédant deux ailes : l’une blanche et l’autre noire. La première étant notre côté intuitif, et l’autre, notre instinct pas encore domestiqué…

La tolérance envers soi passe obligatoirement par l’acceptation de ses deux ailes, de ses forces comme de ses faiblesses, de ses côtés lumineux comme de ceux qui s’avèrent plus sombres. Combien de fois nous a-t-on dit au cours de notre jeunesse de ne montrer aux autres que nos meilleurs aspects ? Mais notre partie sombre, l’animal qui sommeille en nous, est bien là, au cœur de notre être. Pourquoi alors passer notre temps à vouloir l’occulter au lieu de s’efforcer de l’accepter et apprendre à l’apprivoiser, à s’en servir au lieu de la combattre de toutes nos forces ? La lumière ne peut-elle en effet exister sans la présence de la noirceur ?

Depuis toujours, nos parents, nos éducateurs, la société en général ne nous ont-ils pas enseigné qu’à battre de l’aile blanche ? Si vous saviez le nombre d’années où je n’ai montré aux autres que ma lumière. Devant mes parents, mes amis, mon auditoire, je m’efforçais toujours de leur servir mon côté lumineux. Ne battant que d’une seule aile, je n’ai dès lors cessé de tourner en rond. Vous connaissez sûrement de ces gens qui, au contraire, sont si habiles à battre de l’aile noire. Pour eux, l’instinct animal semble constamment au rendez-vous. Il semble évident, à les regarder agir, que leur dernière préoccupation soit de se faire aimer. Ne battant que de l’aile noire, ils tournent eux aussi en rond.

Donc, qui de moi ou d’eux se retrouve le plus avancé ? Qui est supérieur à l’autre, qui est le grand gagnant : l’intuition ou l’instinct ? Ni l’un ni l’autre, évidemment. Nous avons tous les deux tourné en rond mais dans un sens différent. Pour évoluer rapidement, et en ligne droite, le secret ne serait-il pas de savoir battre des deux ailes à la fois ? C’est pourquoi, pendant quelque temps, j’ai dû me faire violence et développer des côtés plus sombres de moi, permettre à mon  animal intérieur… de se manifester… à l’extérieur ! Par exemple, en conférence, je m’appliquais à être plus direct dans mes propos, à la surprise de tous, vous devez bien vous en douter, et je me permettais même parfois de prononcer des « gros mots », ce qui avait le don de faire réagir certaines personnes et, peut-être, de les éveiller davantage à leur propre côté givré…

Avec le temps, la blanche intuition et le noir instinct primal ont appris à faire bon ménage. Ils se sont même un jour… mariés ! Et ils eurent beaucoup d’enfants… Hi ! Hi ! Hi ! Avec le temps et l’expérience consciente, j’ai pu retrouver l’équilibre et je nourris ainsi beaucoup moins cette peur de ne pas me faire aimer. À votre tour, prenez un instant de réflexion et demandez-vous laquelle de vos deux ailes est la plus agile ces temps-ci. Puis, appliquez-vous à développer l’autre. Au début, il se peut que, tout comme moi, vous soyez quelque peu maladroit, mais à la longue, vous deviendrez un expert en la matière. Cet exercice vous aidera à découvrir, à apprécier et à vous servir de toutes vos forces, qu’elles soient lumineuses ou sombres.

Lorsqu’on comprend le processus de l’évolution par l’expérience, on devient de plus en plus tolérant et attentif à ce que vivent les gens. La tolérance, envers soi et les autres, constitue une porte essentielle pour accéder au bonheur, car elle annihile tout jugement envers ceux qui ne sont pas comme nous ou qui ne pensent pas comme nous. Elle est un outil important en ce qui concerne l’acceptation de soi dans toute notre globalité. Nos deux ailes sont aussi importantes l’une que l’autre. Il ne s’agit que d’apprendre à les faire battre en même temps et en parfaite harmonie, ce qui nous assurera un vol droit et rapide dans notre ciel bien à nous…

André Harvey