Le présent article fait suite au précédent sur l’estime de soi. Il répond à la question : comment fait-on pour s’estimer? Pour s’estimer, il faut d’abord s’accepter. Je dirais même plus qu’il faut s’aimer. Établir un pacte d’amour avec soi. Le secret de notre identité et de notre humanité est caché dans l’amour que nous nous portons. Dans la capacité de nous aimer avec nos grandeurs et nos faiblesses, même avec nos traits les plus bas. Prendre de bon cœur et sans culpabilité parti pour soi-même. Se regarder, ne serait-ce qu’une journée, avec les yeux du cœur et une bonne dose de compassion. Se traiter comme la personne que nous aimerions être. C’est cet amour de soi qui permet de devenir progressivement créateur de notre propre vie.

C’est aussi l’un des premiers facteurs d’équilibre et de santé. Le psychanalyste Guy Corneau affirmait dans une conférence : «Être en santé, c’est s’aimer tel qu’on est, dans tous les moments de la vie… C’est s’aimer avec ses manques, son manque d’amour de soi, ses refus de s’ouvrir, son plaisir à le faire.» Il s’agit ici, on l’aura compris, d’un amour quasi inconditionnel de soi. Mais l’amour de soi dans toutes ses dimensions n’est pas toujours facile car, comme le souligne Anselm Grün, «cela signifie s’obliger à tout aimer en soi, même cette part d’ombre où l’on se découvre tellement minable, tellement inacceptable. Accepter en soi ces côtés ingrats, décourageants.» Aussi bien dire que s’aimer, c’est d’abord consentir à vivre avec soi. C’est le «savoir-vivre», non pas le savoir-vivre de la bienséance, mais le savoir-vivre avec soi.

Le philosophe Søren Kierkegaard disait que «la personnalité même la plus riche n’est rien avant de s’être choisie elle-même et la personnalité la plus pauvre qu’on puisse imaginer est tout lorsqu’elle s’est choisie elle-même; car la grandeur ne consiste pas en ceci ou en cela, mais se trouve dans le fait d’être soi-même; et il est dans le pouvoir de tout homme de l’être, s’il le veut.» C’est en cela que réside à mon sens la véritable réussite de la vie. Ce qui amène à une conception de la réussite fort différente de celle que nous propose la société. Mais qu’est-ce que réussir? Ce sera le sujet de mon prochain article.

Jean-Paul Simard