C’est baveux, non? Quand Julie m’a offert de participer à la rédaction de son magazine, j’ai été très clair : je ne suis pas toujours gentil, pas très souvent aimable et je casse parfois la vaisselle! C’est non seulement mon caractère, mais l’amour inconditionnel que je porte à la rigueur intellectuelle enrobée de passion, laquelle est l’unique façon de considérer les choses si on ne veut pas se faire planter ou le faire soi-même, ce qui est pis encore.

Je reproche à la spiritualité d’être une voie difficilement carrossable uniquement réservée aux tis mononcles et tites matantes qui roulent pas vite et font attention de ne pas écraser à peu près tout ce qui s’y trouve, incluant les piétons, ce qui est noble, mais aussi les fourmis, ce qui commence à devenir très rasoir avec le temps.

J’ai déjà clairement exprimé que pour moi, saluer quelqu’un en lui disant namasté n’est pas une démonstration d’exultation spirituelle mais un emprunt inapproprié à du monde qu’on connaît pas, à moins de vivre à Bangalore. Namasté ça veut dire « Allo » et on a en français un très beau mot pour ça. C’est « Allo ».

La spiritualité est un concept d’une fabuleuse simplicité et plus on en est éloigné, plus il semble complexe et difficile à cerner. Si on fait le tour des grand courants spirituels, on découvre qu’ils proposent à leur manière une même définition de la spiritualité.

J’écris ces temps-ci en préparation de quatre manuscrits et la recherche qui s’impose est exigeante. Toute ma vie, j’ai étudié  presque tous les grands textes religieux depuis la Bible, le Coran, la Bhâgavata Gita, plusieurs autres textes védiques, le triptaka bouddhiste et de nombreux auteurs pour lesquels d’ailleurs je viens de publier Les Divergents en leur honneur. On constate les mêmes règles énoncées différemment.

Honnêtement, il n’y a vraiment rien de compliqué dans l’application de la spiritualité au quotidien mais je puis vous certifier une chose : c’est extrêmement difficile d’y parvenir. La vie place sur notre petit sentier du jour des racines, des petites roches branlantes, des nids de dinde (ça, c’est gros), des obstacles en somme et qui ne sont pas toujours les mêmes et pas toujours au même endroit parce que la Vie, l’Univers, Dieu ou matante Germaine morte l’an passée, a le don de nous embêter avec des trucs différents à tout coup, histoire de contrarier à la fois notre ego manipulateur, notre intelligence sournoise et notre propension tout à fait naturelle puisqu’humaine à mentir, truquer, cacher et faire semblant. Et on se plante et c’est correct, c’est pour cette raison qu’on s’incarne.

Qu’on s’incarne! Le gros mot! Écoutez, je suis réincarnationniste, mais pas végane, ça veut dire que nous sommes un Esprit éternel et Immortel qui veut se qualifier pour la Perfection au-travers d’expériences multiples de vies très variées, très différentes et extrêmement enrichissantes. Si cela blesse votre conceptualisation empruntée au théisme traditionnel qui vous octroie une petite âme facile à perdre si vous jouez trop souvent sous la couette, alors c’est votre choix, mais le concept de la vraie spiritualité va demeurer le même! Sauf que pour moi ce sera le karma et vous l’Enfer éternel. Chacun son combat!

Bon où en étais-je?

Ah oui. C’est quoi la vraie spiritualité? Il s’agit simplement de savoir que la bipolarité de l’univers s’exprime à tous les niveaux. Le chaud versus le froid, la lumière versus l’obscurité, l’envers versus l’endroit, la vie versus la mort et bien entendu le bien versus le mal. On ne va pas se mettre à citer les cent trente-cinq mille types à grande barbe et lunettes rondes qui ont écrit là-dessus, alors on va s’en tenir à l’essentiel. La spiritualité se veut un éclairage constant sur notre sentier de sorte qu’on ne se prenne pas les pieds dans les obstacles mentionnés plus hauts. Qui dit éclairage, dit pas d’obscurité.

La vraie spiritualité consiste donc à profiter de la lumière pour regarder où on met les pieds. C’est une règle facile à comprendre, à moins d’être bête à manger du foin. Cela se manifeste par la première grande règle de la vraie spiritualité que voici. Roulement de tambour, grand orchestre archangélique et petites tentures roses avec des anges en cristal. Julie va adorer!  Ne fais JAMAIS de mal à quiconque, autrement que pour te défendre.

On ne va pas y passer la nuit. Le « autrement que pour te défendre » n’est pas d’inspiration catho puisque selon eux, tu dois tendre ta joue gauche pendant que la droite est pendante et sanguinolente. Pas bon, ça ! Il ne faut pas non plus dire : « Ah les méchants Américains bombardent mon pays, je vais me défendre et faire sauter un immeuble à New-York. » Pas bon, ça.

Si on cherche à attenter à ta vie, tes biens ou à ta famille, bref tu te défends et tu le fais jusqu’à ce que l’attaque soit neutralisée. Ça continue d’ouvrir des portes dans l’esprit saligaud de certains qui veulent fracasser le projecteur, mais c’est inévitable. Se défendre est un devoir. Pas un droit.

La seconde règle de la spiritualité : Chaque fois que tu en as l’occasion et que tu ressens de l’intérieur que c’est le moment, aide quelqu’un qui en a besoin.

Tu marches (où bon te semble) et là tu ressens quelque chose en portant ton regard sur quelqu’un. On oublie la foudre, les éclairs, les appels cosmiques, les torsions lombaires, les crampes intestinales, l’envie de faire une split de yoga drette-là, ce n’est pas de ça dont je parle. Je parle d’un léger ressenti émotionnel de type positif qui soufflotte que cette personne-là apprécierait peut-être un sourire, un mot, un geste, un ti quelque chose. L’idée n’est pas de lui offrir de faire son déménagement, de réparer sa clôture à neige, de garder ses flos tout le week-end ou de lui prêter $500. C’est une question de ressenti, d’approche, de dosage et d’engagement, dans les limites prescrites par le respect et l’amour de SOI avant de procéder.

Donc, les âmes charitables qui pleurent à chaque bulletin de nouvelles et veulent sauver les Haïtiens, les Somaliens, les Sumériens, les sans-logis, les sans-papiers, les sans génie, les chats, les chiens, les souris et les araignées doivent éviter de confondre leur « dépendance affective à l’aide étrangère » avec ce dont je parle! Je parle d’un ressenti au passage et non d’une condition permanente hyper énervante qui fout des complexes à tout le monde parce qu’on se dit « est donc ben bonne elle, hein ? »  alors que dans les faits, c’est dans sa nature à elle d’être de même, il n’y a aucun effort, c’est de la pure compensation pour quèk trouble psychique pogné ben jeune!

À cela, une troisième règle s’ajoute. Pas facile! Ne jamais se venger : ni par un geste, une parole, une pensée.

Oh boy! Mets-en.

Cela dit, si vous utilisez votre énergie à observer ces trois règles-là, vous resterez ou deviendrez ce qu’il est convenu d’appeler une bonne personne, au naturel, sans fioritures ni confitures, sans artifices, sans complexes, sans questions, comme ça tout simplement, parce que la vraie spiritualité, c’est comme ça. Simple et facile à comprendre.

Jean Casault (qu’on retrouve sur JEAN casault, Facebook) est auteur depuis 1966. Il vient de publier Les Divergents chez Québec-livre suite à son succès de l’an passé : Les religions, c’est assez.