Il existe des pratiques qui peuvent grandement aider à pratiquer le moment présent comme la méditation, le yoga, le zen, etc. Mais la meilleure façon d’y parvenir est de faire de la concentration un « mode de vie ». On y arrive en développant une présence lucide à soi-même, ce qui est en même temps une façon fondamentale d’être au monde. C’est ce qu’on appelle le « culte du moment présent ». Il s’agit de développer une totale présence à soi-même et à chacun de ses actes. Cette attitude suppose un art de vivre, axé sur le « ici et maintenant », comme l’enseignait la philosophie classique.

Devenir funambule de l’instant

Une telle conception, il va sans dire, ne peut laisser indifférent, car on y retrouve, comme le suc dans la fleur, la perle dans l’écrin, toute la richesse du moment présent, offrant une possibilité infinie de métamorphoses; si bien que nous pourrions nous écrier, comme Faust, devant la minute qui passe : « Tu es si belle!… Arrête-toi » Mais, comme on ne peut arrêter l’horloge du temps, celui-ci poursuit inexorablement sa course, toujours en quête de l’instant nouveau que le devenir lui présente, tissant patiemment et minutieusement la toile de notre destin.

Par-dessus tout, le moment présent permet de nous situer en équilibre entre le passé et le futur, c’est-à-dire entre le regret ou le refus de ce qui n’est plus et l’attente ou l’appréhension de ce qui va surgir. Attitude très sage, sans doute, car le passé ne nous appartient plus et l’avenir n’est pas en notre pouvoir. Donc, pas de crainte  et de palpitations devant l’avenir, et encore moins d’anxiété et d’angoisse.

La vie vécue comme une Grâce

Dans cette attitude de détachement, nous retrouvons en filigrane le conseil évangélique qui nous invite à ne pas nous tracasser du lendemain : « À chaque jour suffit sa peine » (Mt 6,34). Ce que confirme la sagesse pour qui « un homme qui souffre avant le temps souffre plus que nécessité » (Sénèque).

C’est dire toute l’importance du « moment présent » pour l’équilibre de la personne. Beaucoup, à la limite, deviennent « névrosés », parce qu’ils sont incapables de vivre dans l’instant présent. Constamment tiraillés entre le passé et l’avenir, ils ignorent la joie d’être en lien avec ce qui est immédiat, sans interférence avec ce qui n’est plus et ce qui va naître.

C’est cette possibilité qu’offre la concentration, celle d’atteindre un état de « vide » absolu, de totale suspension de toute activité de l’esprit, où l’on ne trace plus de plans, où l’on ne prend plus de décisions. On s’abandonne à son destin, totalement accordé à l’instant qui jaillit, à la vie qui coule en nous, accueillie comme une grâce.

Jean-Paul Simard