Qui suis-je vraiment? Combien fondent leur identité sur l’avoir et la possession: «Je suis ce que je possède». Voilà un leitmotiv qui semble accompagner chacune de nos réalisations. Dans notre culture occidentale, être se conjugue avec avoir. Nous trouvons normal que notre relation au monde s’établisse selon les critères de possession et de propriété. Le rapport qu’entretient l’homo consumens (Fromm) avec lui-même et avec ses semblables indique clairement que l’avoir constitue le but suprême de sa vie. Et cela se reflète même en ce qui concerne les pensées et les sentiments. En amour, par exemple, on aura tendance à considérer l’être aimé(e) comme une possession. On dira volontiers «Je te présente ma femme», «Voici mon mari», «C’est mon ami(e)», etc. C’est comme s’il fallait posséder l’autre pour se sentir en sécurité.

L’homme et la femme idéale dans la mentalité actuelle sont ceux qui produisent et consomment. Dans ce type de culture, nous nous définissons uniquement à partir de ce que nous avons: «Je possède, donc je suis»; ou encore «Je suis ce que je possède». L’ensemble de nos propriétés (choses et personnes) constitue notre identité propre.

Quand le but de la vie se résume à celui d’accumuler et d’économiser, nous vivons constamment en dehors de nous-mêmes, c’est-à-dire dans l’action, dans ce que nous nous approprions. Or, notre vie n’est pas plus remplie uniquement parce que nous agissons. Une multitude d’actions mal faites et d’expériences à demi vécues épuise et anémie l’être et le conduit souvent au désespoir. Le monde est rempli d’hommes d’affaires, d’artistes, de champions qui font un jour le constat dramatique qu’ils ont réussi dans la vie, mais qu’ils n’ont pas réussi leur vie. La société de consommation nous a seriné de toutes les façons qu’en accumulant diplômes, connaissances et biens matériels, nous parviendrions au bonheur. Aujourd’hui, les consciences s’éveillent et réalisent que le bonheur ne s’achète pas : il se cultive!

Il y a quelques années, Antoine de Saint-Exupéry portait ce diagnostic sévère sur notre époque : «Je hais mon époque de toutes mes forces: l’homme y meurt de soif! Il n’y a qu’un seul problème: rendre aux hommes une signification spirituelle, une inquiétude spirituelle. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés…»

Les sagesses de l’Orient et de l’Afrique, du Tao, du Zen, du Yoga, de même que la tradition spirituelle chrétienne nous apprennent que le bonheur commence avec la dépossession de soi et des biens matériels illusoires pour réaliser la communion avec le Tout. Alors que dans le monde matériel la richesse se confond avec la possession, dans le monde spirituel la richesse réside au contraire dans le dépouillement : moins tu possèdes, plus tu es riche.

Jean-Paul Simard